Namibie : du braconnage à la préservation de la faune

Parcourue par d’immenses dunes de sables, par de magnifiques savanes et par d’étranges formes rocheuses sculptées par le temps et le vent, la Namibie, cette terre belle mais dure, abrite une faune exotique. Mais si cette dernière a appris à s’adapter à son environnement, elle restait régulièrement menacée, soit par la sécheresse soit par l’homme qui la chassait pour la valeur de sa viande, de ses cornes, de ses défenses. Mais aujourd’hui, du fait d’une initiative associative multi-communautaire, sa protection reste une référence mondiale en terme de préservation de la nature.

Torra Conservancy, Namibia

Itinéraire d’une reconversion

Nous sommes à la fin des années 50 et John Kasaona, fils d’un berger Himba (un des 29 groupes ethniques du pays) du village de Sesfontain (dans la région du Nord-ouest), n’est qu’un enfant. Formé au métier de son père dans ses formes les plus traditionnelles, il passe beaucoup de temps dans le bush, cet arrière-pays peu habité, à protéger le bétail des animaux sauvages mais aussi à observer ces derniers.

Un poste privilégié qui lui a permis d’observer toutes les interactions possibles que l’Homme peut entretenir avec les animaux – le conflit, la protection, la compétition – à travers la protection des bêtes d’élevages, la cohabitation avec les bêtes sauvages, la sècheresse de 1963, et la famine animale qui en résultait, poussant un léopard à faire d’un enfant du village sa proie. Il assiste ainsi à l’explosion du braconnage (rebaptisé chasse lorsqu’il était effectué par un blanc) motivée par des causes très différentes (culture, besoin, sport, commerce d’ivoire), et accentuée par la présence de militaires étrangers sur le terrain. La situation est rapidement devenue critique, avec la forte menace d’extinction des espèces qui en a été la conséquence.

Desert elephants in the Huab River

Quelques années plus tard, il contribue à la création d’une ONG pour le Développement Rural Intégré et la Protection de la Nature, qui visite chaque communauté pour établir ensemble le même but à poursuivre : la protection de la faune et sa combinaison avec une meilleure qualité de vie des habitants. Pour lutter contre le braconnage, chaque chef de communauté qui y consent met à la disposition de l’ONG un homme de confiance, qui connaît suffisamment les animaux sauvages pour être à même de les protéger. Et c’est ainsi que des braconniers (dont le père de Kasaona), puisqu’ils sont les seuls à remplir ces critères, se mettent à défendre les bêtes qu’autrefois ils chassaient.

Histoire d’un succès

John Kasaona témoigne aujourd’hui de cette reconversion qui s’est avérée l’idée la plus ingénieuse pour lutter contre le braconnage : au lieu de pénaliser ses adeptes, les rendre eux-mêmes responsables de la faune s’est montré diablement efficace.

De fil en aiguille les nouveaux protecteurs de la nature invitant constamment les braconniers auxquels ils font face à les rejoindre, voient leurs rangs grossir considérablement : pour les populations rurales locales, le braconnage n’était pas tant un jeu qu’un besoin de se nourrir, aussi la proposition d’un salaire et d’un emploi ajoute au prêche son impact.

Cette initiative connaît dès lors un formidable élan et pose les bases d’un travail de préservation en Namibie. Avec l’indépendance du pays, les communautés s’impliquent de plus en plus dans ce début de structure horizontale qui repose plus sur la participation des différents villages du bush que sur la hiérarchie. Kasaona s’y intègre très rapidement, voyant en ce mouvement l’occasion de façonner la vie quotidienne à l’image qu’il s’en était faite petit : celle d’un monde où hommes et animaux vivent en harmonie, chacun dans le respect de l’autre. Les nouvelles technologies se marient aux anciennes, les GPS aux cartes séculaires, l’implication nationale aux traditions communautaires, et le rêve du petit John prend des dimensions de plus en plus réelles. Avec l’aide de l’Etat qui donne à ce mouvement un statut légal, les entreprises qui voient désormais la faune sauvage et donc sa protection comme une ressource nécessaire, et la contribution d’organismes mondiaux – notamment et surtout la WWF – le projet prend une ampleur nationale et une aura internationale.

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Et tous ces efforts ont porté leurs fruits : 60 institutions se partagent aujourd’hui la responsabilité de 13 millions d’hectares dans le pays, des espèces autrefois au bord de l’extinction comptent aujourd’hui plusieurs dizaines, sinon plusieurs centaines d’animaux, et la vie des communautés locales s’en est retrouvée considérablement améliorée. Plus encore, le projet s’est révélé rentable pécuniairement, et une grande partie des bénéfices est redistribuée dans le développement social : des écoles sont construites, des aides humanitaires sont fournies. A tel point que le mouvement est sur le point de s’exporter dans les régions du monde concernées par la même menace. L’affaire est d’autant plus intéressante qu’elle est la preuve d’une alternative organisationnelle : celle où de grands mouvements d’échelle nationale se reposent sur la participation volontaire des communautés, et dans le respect de leurs traditions et de leurs spécificités.

Publié par Hanna

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